Anonymes / L'Amérique sans nom : photographie et cinéma

Publié le par Emeline

Comme nombre d'analystes politiques l'ont répété ces derniers jours dans les médias, la cause de l'échec des Démocrates aux élections de mi-mandat américaines tient en un mot : chômage. Dans un pays où le travail définit l'identité de chaque individu sans doute encore plus qu'ailleurs en Occident et où la protection sociale permet tout juste de survivre, la perte de son emploi équivaut souvent à une véritable descente aux enfers. C'est cette face cachée de l'American Dream que nous montre une partie de l'exposition "Anonymes. L'Amérique sans nom : photographie et cinéma" qui se déroule actuellement au Bal, nouveau lieu parisien dédié à l'image documentaire sous toutes ses formes, présidé par Raymond Depardon.

Dans cette exposition, la ville de Detroit symbolise la misère "à l'américaine". Deux montages*, mêlant photographies, entretiens et vidéos, réalisés par Bruce Gilden, rendent par exemple compte, avec force mais sans pathos, de l'étendue du désastre social consécutif à la crise des subprimes dans cet ancien fleuron de l'industrie automobile à l'allure désormais post-apocalyptique. Préférant se concentrer sur l'une des manifestations les plus extrêmes de la misère économique et sociale qui touche Detroit depuis près de trois décennies, Arianna Arcara et Luca Santese ont méthodiquement assemblé des centaines de photographies prises pour la plupart par des policiers sur des scènes de délits ou d'accidents, trouvées dans ces "quartiers fantômes"** au fil des années.

La vie n'est pas rose non plus du côté des travailleurs comme l'illustrent la série Interior America, de Chauncey Hare, consacrée aux conséquences physiques et psychologiques du travail visibles jusque dans les domiciles sans âme d'employés de la multinationale Standard Oil à la fin des années 1960*** ou le film Lunch Break, de Sharon Lockhart, qui nous montre des ouvriers déshumanisés, agissant comme des machines pendant leur pause-déjeuner, sur le chantier naval de Bath Iron Works en 2008****. Quant au film expérimental Necrology***** de Standish Lawder, il dépeint un flux continu de voyageurs anonymes, au regard morne, défilant sur un escalator sans fin les menant sans doute vers un travail aliénant.

Ce témoignage précieux, saisissant et jamais complaisant, sur cette Amérique des laissés-pour-compte laisse présager une future programmation passionnante. Vivement la suite!

"Anonymes. L'Amérique sans nom : photographie et cinéma", Le BAL, 6, impasse de la défense, 75018 Paris. Ouvert du mercredi au samedi de 12h à 20h et le dimanche de 12h à 19h (nocturne le jeudi jusqu'à 22h). www.le-bal.fr

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Anthony Hernandez, Vermont ave.& Wishire blvd, 1979.

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Chauncey Hare, Weirton, West Virginia, 1971.

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Collection Arianna Arcara, Luca Santese, Cesuralab. Detroit a self-portrait, Found pictures 2009-2010.

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Standish Lawder, Extrait du Film Necrology, 1968.

* Foreclosures (2008) et Detroit : The Troubled City (2009) de Bruce Gilden.

** Detroit : a Self-portrait (found photos 2009-2010) d'Arianna Arcara & Luca Santese.

*** Interior America (1968-1972) de Chauncey Hare.

**** Lunch Break (2008) de Sharon Lockhart.

***** Necrology (1969-1970) de Standish Lawder.

Texte : Emeline Collin.

Publié dans Expositions

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