Les 1 000 vies d'Annie

Publié le par Emeline

Contrairement à ce qu’annonce le titre du documentaire « Annie Leibovitz, Life Through A Lens » réalisé par Barbara Leibovitz en 2009, Annie Leibovitz ne s’est jamais « contentée » de regarder la vie et ses sujets à travers un objectif ; elle a toujours vécu, pour quelques heures, quelques jours ou quelques mois la vie de ses sujets.
En 1975, telle une anthropologue en pleine observation participante, la photographe décide de suivre les Rolling Stones en tournée. Jusqu’au-boutiste, Annie se plie à la "discipline" du groupe - « sex, drugs & rock’n roll » - au risque de se perdre elle-même en route. Mais c'est grâce à cette intimité instaurée avec Keith Richards ou Mick Jagger qu'elle parvient à offrir aux lecteurs le bonheur de se glisser, le temps d’un cliché, dans la peau d’une rock star mondialement adulée, gagnant au passage la reconnaissance du monde du rock.
Au début des années 1980, alors que le star-system explose et que culmine le règne du « tout fric » aux Etats-Unis, la photographe rejoint un nouveau magazine : Vanity Fair. L’ancienne hippie devient aussi riche et célèbre que ses modèles qui se nomment alors Demi Moore, Julia Roberts ou Whoopi Goldberg. Elle abandonne la vision de son mentor Henri Cartier-Bresson pour se lancer dans le portrait « mis en scène », usant d’accessoires et d’artifices toujours plus nombreux et démesurés. Ses exigences budgétaires augmentent au même rythme que les salaires des acteurs hollywoodiens qu’elle photographie. Mais sa créativité sans limite, son implication totale et sa notoriété parviennent à faire oublier sa folie des grandeurs aux rédacteurs en chef des plus grands magazines de mode internationaux avec lesquels elle collabore. Annie Leibovitz est la première « photographe diva ».
A la fin des années 1980, un autre événement majeur marque un tournant dans son travail : sa rencontre avec l’intellectuelle américaine Susan Sontag. En 1992, Annie Leibovitz accompagne l'essayiste à Sarajevo et se lance pour la première fois dans le photojournalisme. De cette plongée dans la guerre, elle rapporte des clichés dignes d’un grand photoreporter. Une fois encore, c’est grâce à la relation unique tissée avec son véritable sujet - Susan Sontag - qu’elle parvient à faire partager aux lecteurs des instants d’une vérité poignante.
Finalement, c'est sans doute ce que signifie le titre de ce documentaire passionnant : si un acteur vit 1 000 vies à travers les personnages qu’il interprète, Annie Leibovitz vit les siennes à travers un objectif.


Annie’s 1 000 Lives

Despite what the title of this documentary, « Annie Leibovitz, Life Through A Lens » directed by Barbara Leibovitz in 2009, might suggest, Annie Leibovitz has never simply looked at life and at her subjects through a lens ; she has always lived, for a few hours, a few days or a few months, the lives of her subjects.

In 1975, like an anthropologist in the middle of a participant observation, the photographer decided to go on tour with the Rolling Stones. Diehard, Annie followed the band’s discipline - « sex, drugs & rock’n roll » - even if it meant losing herself along the way. However, it is thanks to this deep intimacy established with Keith Richards or Mick Jagger that she managed to offer the viewers the joy of becoming, for a snapshot second, an internationally acclaimed rock star, earning along the way respect from the whole rock world.

In the beginning of the 1980’s, while the star-system was exploding and money ruled everything, the photographer joined a brand new magazine: Vanity Fair. The former hippie became as rich and famous as her models, Demi Moore, Julia Roberts, or Whoopi Goldberg. She gave up the vision of her mentor Henri Cartier-Bresson to start producing  staged portraits using more and more accessories and artifices. Her budget requirements increased as fast as the wages of the Hollywood actors she was taking pictures of. But her boundless creativity, her total involvement, and her rocketing fame compensated her megalomania in the eyes of the editors-in-chief of the most prestigious fashion magazines she collaborated with. Annie Leibovitz was the first “diva photographer”.

By the end of the 80’s, another defining event marked a turning point in her work: her meeting with the American intellectual Susan Sontag. In 1992, Annie Leibovitz went to Sarajevo with the essayist and threw herself into photojournalism for the very first time. She brought back shots worthy of a great photojournalist from this plunge into war. Once again, it is thanks to the unique relationship forged with her true subject – Susan Sontag – that she managed to share moments of poignant truth with her viewers.

Eventually, it’s probably what the title of this fascinating documentary truly means: if an actor lives 1 000 lives through the characters he/she plays, Annie Leibovitz has lived hers through a lens.

 

 

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Texte : Emeline Collin.

Publié dans Docu-Films

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